7

— Désolé, lieutenant, mais je ne peux pas t’aider, déclara le jeune Amonaya, qui ne paraissait pas désolé le moins du monde. Noferi, ma maîtresse, m’a ordonné de ne jamais la réveiller à une heure aussi matinale.

Bak foudroya des yeux le garçon mince, âgé de onze ou douze ans, dont la peau sombre et lisse, soigneusement ointe d’huile, luisait d’un éclat parfait. Ses grands yeux noirs ne se dérobaient pas, son expression demeurait indéchiffrable. Ou, plutôt, suffisante.

— Tu sais aussi bien que moi que je suis un ami spécial. Je viens ici assez souvent pour cela.

— Elle ne tolère aucun homme dans son lit, à moins de l’y inviter elle-même. Je peux réveiller une autre jeune dame, si ton besoin est grand.

Las du malentendu dans lequel le jeune garçon se complaisait d’un ton mielleux, Bak franchit le seuil sans hésiter et l’empoigna vigoureusement par la nuque. Après une nuit blanche, il n’était pas d’humeur à jouer, surtout avec un gamin qui se croyait supérieur parce qu’il avait été le serviteur d’un roi. Il prit une voix menaçante :

— De deux choses l’une, Amonaya : soit tu me conduis à ta maîtresse, soit tu me l’amènes ici.

Un feulement bas et profond monta d’un recoin sombre de la pièce, où somnolait le lionceau que le garçon avait accompagné à Bouhen. Bak l’avait déjà caressé, mais si le félin avait à choisir entre un ami occasionnel et celui qui le nourrissait, sa préférence ne laissait aucun doute. Bak accepta le risque et resserra son étreinte sur la nuque d’Amonaya.

— Maintenant, fais ce que je dis. File !

 

La chambre de Noferi était obscure, car des nattes masquaient les hautes fenêtres étroites. Les draps blancs et l’immense robe de lin drapée sur un panier de rangement accrochaient la lumière provenant de la porte ouverte. Sur une couche d’ébène, la vieille obèse se reposait telle une reine. Un monceau de coussins colorés surélevait sa tête, de sorte qu’elle voyait Bak malgré sa corpulence. Les lits étaient rares à Bouhen. Où Noferi avait-elle trouvé le sien ? Il n’en avait aucune idée et préférait ne pas le savoir.

— Ne montres-tu donc jamais d’égard envers quiconque ? protesta-t-elle en redescendant de toute sa masse vers la tête du lit, qu’Amonaya s’empressa de garnir de coussins supplémentaires, tandis que la couche grinçait sous son poids. Tu ne pouvais pas attendre une heure plus décente ? Laisse au moins au soleil le temps de se lever.

— Kheprê s’est élevé au-dessus de l’horizon oriental alors que je me trouvais sur le quai à Kor. J’ai accompli ce voyage jusqu’à Bouhen à seule fin de te voir, dit-il, tendant la main pour pincer une joue grasse.

Elle le repoussa d’une tape.

— Quoi que tu désires, il te faudra patienter jusqu’à une heure raisonnable.

— Allons, la vieille. Extrais-toi de tes draps et recouvre toute ta lucidité, car j’ai absolument besoin d’informations.

Elle plissa les yeux avec une expression rusée.

— Tu as un meurtre sur les bras, paraît-il. Celui du capitaine Mahou.

Ce regard-là, Bak le connaissait bien, ainsi que l’âpre cupidité qu’il cachait.

— N’espère pas une faveur en échange, la vieille. Pas cette fois. J’ai plaidé ta cause devant le commandant Thouti, et il t’a permis de transférer ton affaire dans cette maison. Tu promettais une gratitude éternelle…

— Je suis une pauvre femme, pleurnicha-t-elle. Je trime jour et nuit…

— Assez !

Il leva la paume pour endiguer ce flux verbal et lança l’appât qui, espérait-il, délierait la langue de Noferi.

— J’ai non pas un, mais deux meurtres à élucider. Et je n’ai pas l’intention de débattre d’un prix quelconque pour ce que tu sais, comme pour une oie dodue au marché.

— Un second meurtre ?

Les yeux brillants, elle serra le drap contre ses seins tombants et balança les jambes hors du lit.

Bak réussit à ne pas sourire. La curiosité de Noferi ne connaissait pas de limite, ce qui accroissait considérablement sa valeur d’informatrice.

— Le chasseur Intef. La nouvelle de sa mort ne t’a sûrement pas échappé !

— Je pensais qu’il s’agissait d’un accident, admit-elle avec une candeur peu caractéristique. Amonaya, va nous chercher à boire et à manger ! lança-t-elle au jeune garçon qui s’attardait, hésitant, près de son lit. Je serai prête dans un instant.

Bak n’avait nul désir de contempler cette montagne de chair flasque, aussi quitta-t-il la chambre derrière le serviteur, qui traversa bien vite la cour intérieure pour disparaître par une porte de derrière. Le nouveau lieu de plaisir de Noferi était un palais, comparé à l’ancien : quatre pièces, une cour et même une cuisine, au lieu d’un bouge sombre et sordide composé de deux pièces. Cette demeure-ci était immaculée. Le plâtre sur les murs n’était ni éraflé, ni craquelé, ni noirci par la fumée, et les nattes, sur le sol de terre battue, n’étaient pas encore incrustées de crasse.

Bak avait entendu des soldats et des matelots se plaindre que l’endroit était trop grandiose pour s’y amuser vraiment, cependant ils continuaient à venir. Sans doute parce que seul le cadre avait changé. On y servait la même bière épaisse et âpre, on y pratiquait toujours des jeux où la tricherie n’était pas exclue. La musique dont on les régalait en de rares occasions restait aussi dissonante que par le passé, et les filles aussi prodigues de leurs faveurs.

Préférant ne pas ébruiter l’affaire qui l’amenait, Bak scruta la pièce principale, qui donnait sur l’entrée par où il était arrivé. Un homme décharné aux cheveux blancs, affligé d’une claudication prononcée, maniait un balai en roseaux en soulevant un nuage de poussière assez dense pour piquer les yeux. Quelques tabourets, des tables basses et un coffre ouvert, à moitié rempli de bols, étaient repoussés contre le mur pour dégager le passage. Des ronflements sonores attirèrent le regard de Bak vers une alcôve en retrait, sans porte de séparation. Deux soldats y dormaient, vautrés par terre. L’odeur âcre du vomi et de la sueur évoquait une nuit par trop consacrée à la bière et au plaisir.

Bak revint sur ses pas et traversa la cour vers une autre porte, où il écarta un rideau de lin pour découvrir trois jeunes femmes couchées sur une natte chiffonnée. Une beauté, dont l’épaisse natte sombre tombait sur son épaule, ouvrit des yeux gris-bleu et lui adressa un sourire aguichant. Les autres continuèrent à dormir. Il se sentit très attiré, mais il n’avait pas de temps à consacrer au badinage. Il envoya un baiser à la tentatrice et laissa retomber le rideau.

Certain que nulle oreille indiscrète n’entendrait ce qu’il avait à dire, il s’assit sur un banc dans un coin ombragé, devant la porte de Noferi, et il observa le lionceau qui s’étirait au soleil. Il rongeait ce qu’il restait d’une sandale de jonc tressé. Six ou huit trépieds étaient serrés contre deux tables basses où les bols s’empilaient. Des jarres de bière, hautes jusqu’à la cuisse, étaient appuyées contre un autre mur, abrité par l’auvent même qui lui procurait de l’ombre.

— On m’a dit que Mahou jouait aux osselets ici, la veille de son départ pour Kor. T’en souviens-tu ?

— Mmmmm.

Le bruissement du tissu, un souffle lourd, un juron.

— Ce fut la dernière fois que je l’ai vu.

Des pas traînants, un autre chuchotement d’étoffe, un ou deux grognements.

— Il s’amusait bien, je pense. Il gagnait, mais il jouait pour le plaisir, non pour le profit.

— Je dois découvrir qui a parlé avec lui.

— Tu sais comment était Mahou. Toujours jovial. Je doute qu’un client ait franchi la porte sans qu’il lui adresse quelques mots.

— Un homme unanimement apprécié, marmonna Bak avec lassitude. Te rappelles-tu qui jouait avec lui ?

— J’ai perdu une sandale. Tu en vois une par là-bas ?

Le lionceau levait un regard fasciné vers des passereaux volant çà et là au-dessus de la cour, qui se gorgeaient d’une nuée d’insectes imperceptibles non sans force pépiements. La grosse patte du fauve reposait avec fermeté sur ce qui commençait à évoquer un bout de natte déchirée. Les fibres effilochées se hérissaient sur les deux extrémités.

Bak refusa de se laisser entraîner dans la prévisible litanie de lamentations.

— Les joueurs sont-ils restés les mêmes toute la soirée ? Ou y avait-il du mouvement à cette table ?

— Ils n’ont pas changé une seule fois.

Noferi s’avança d’un pas traînant, le souffle court, congestionnée par l’effort. Le fourreau blanc couvrait son corps charnu. Elle avait chaussé une sandale, l’autre pied était nu.

— C’étaient tous des gens honorables, d’éminents résidants de Bouhen.

Si sommaire qu’elle lût, cette description donna à Bak une idée de la partie. Des hommes fortunés, misant des sommes assez fortes pour décourager le simple soldat ou le marin qui aurait souhaité se joindre à eux.

— Leurs noms, vieille femme ?

— Le marchand Nebamon, chiche comme j’en ai rarement connu, trop austère pour savourer les plaisirs de l’existence.

Regardant à peine le lion, elle traversa la cour et prit un tabouret.

— Et un autre marchand, Hapouseneb. Ah ! Voilà un homme selon mon cœur ! Pas d’une grande beauté, mais avec cette lueur dans les yeux qui met le sang en ébullition… Et il dépense avec largesse.

— Voilà donc pourquoi Amonaya a insinué que je n’étais pas assez bien pour partager ta couche, dit Bak, feignant le désespoir. Ton cœur appartient à un autre, un nanti avec lequel je ne pourrai jamais rivaliser.

— Amonaya a fait quoi ?

Elle pinça les lèvres, mais avant qu’il ait pu s’expliquer, elle lui coupa la parole :

— N’en dis pas plus. Je sais que ce garçon a besoin d’une bonne leçon.

Elle posa le tabouret dans l’ombre où lui-même était assis et s’y laissa choir. Sa contrariété s’envola et ses yeux se posèrent brusquement sur Bak, avides de savoir.

— Le capitaine Ramosé jouait aussi avec eux cette nuit-là. On dit qu’il t’a guidé vers une épave, et que tu y as trouvé un trésor fabuleux.

Se penchant vers elle, Bak tapota son genou adipeux.

— Plus tard, la vieille. Quand, toi, tu m’auras appris ce que je veux.

Elle considéra le policier d’un œil noir, puis tourna la tête vers le lion qui fouettait l’air de sa queue en fixant les oiseaux. À l’évidence, elle ne reconnut pas sa sandale déchiquetée.

— Ouserhet, le contrôleur des entrepôts, se trouvait également à leur table. Celui-là est beau comme un dieu, mais je doute d’avoir rencontré un homme plus imbu de lui-même.

— C’est aussi ce que dit Imsiba.

— Enfin, il y avait Kaï, le nouveau lieutenant venu de Semneh. Je le connais bien peu encore, toutefois il semble agir avec pondération. Il n’a pas de trop grandes exigences envers les filles et les traite avec gentillesse.

Des gens honorables tous autant qu’ils étaient, ainsi qu’elle l’avait annoncé.

— Aurais-tu entendu leur conversation, par hasard ?

Noferi se composa un air indigné.

— Tu crois que j’espionne tout ce qui se dit ? Eh bien, tu te trompes ! J’admets que je tends l’oreille de temps en temps. C’est humain. Mais je n’entends pas tout. D’ailleurs, ajouta-t-elle avec regret, ils jouaient dans l’alcôve qui donne sur la pièce principale. Impossible de s’en approcher sans être remarqué.

Bak se représenta l’alcôve où il venait de voir les soldats cuver leur bière, après une nuit de débauche. Six joueurs pouvaient s’y installer confortablement. Plus nombreux, ils s’y seraient sentis à l’étroit.

— Tu disais que Mahou bavardait avec chaque client qui entrait. A-t-il parlé plus longuement à l’un d’entre eux ?

— Non, dit-elle d’un ton pensif. Il était adossé au mur, sur le côté. De là, il pouvait voir tous ceux qui arrivaient dans la pièce. Il saluait chacun en élevant la voix pour être entendu. Seuls quelques clients se sont approchés pour suivre la partie. Des lanciers, des archers, trois hommes qui sentaient le cuivre, un potier. Des gens qu’il ne connaissait sans doute que de vue.

« Et qui n’avaient probablement guère l’opportunité de pratiquer la contrebande à grande échelle, songea Bak. Ni même assez d’imagination pour concevoir un acte aussi téméraire. »

— A-t-il quitté l’alcôve à un moment quelconque ?

Elle fixa le lionceau, qui s’était remis à ronger sa sandale, mais ses pensées se concentraient sur la soirée en question.

— Il est resté deux heures. Ses compagnons allaient parfois se dégourdir les jambes ou soulager leur vessie quand la chance les quittait. Mais pas Mahou. Il n’a pas bougé de là.

— Parmi ceux qui se sont approchés quelques instants, avec qui a-t-il parlé ?

— Seulement avec moi. Il a demandé Benbou les deux fois, et elle était déjà en main.

Bak se carra contre le dossier du banc, satisfait de ce qu’il avait appris mais pour le moins intrigué. Si Mahou avait dit à Sitamon l’absolue vérité, l’individu qui lui avait proposé un trafic illicite se trouvait forcément dans cette alcôve. Cela rétrécissait le champ des suspects de tout Bouhen à cinq hommes. Toutefois, chacun d’eux jouissait d’une situation confortable et de la notoriété publique. Il ne pouvait imaginer aucun de ces joueurs faisant passer quoi que ce soit de plus précieux que du vin de palme en fraude. Ils avaient trop à perdre.

— Tu ne crois tout de même pas… commença Noferi, les yeux brillants.

Le lion tourna la tête vers la porte de derrière. Bak imposa silence à la vieille femme d’un regard. Amonaya entra, chargé d’une corbeille de pain, de deux cruches de bière et d’un plat creux d’où émanaient de lourds effluves d’oie rôtie. Il inclina la tête, murmura :

— J’apporte un festin digne d’une reine, maîtresse.

La poitrine de Noferi se gonfla de plaisir.

Bak se retint pour ne pas éclater de rire.

 

Pendant qu’ils se sustentaient, Bak parla à Noferi de la défense d’éléphant découverte dans la cale de Mahou, dont il relata la mort. Il avait compris depuis longtemps que pour qu’elle l’aide au mieux de ses possibilités, il devait se montrer franc. Et bien qu’il n’ait jamais voulu l’admettre devant elle, ni elle devant lui, chacun voyait en l’autre son ami.

Au terme de son récit, il demanda :

— Et maintenant, vieille femme, que peux-tu me dire du capitaine Roï ?

— Pas grand-chose, répondit-elle, lançant un os de cuisse au lion, qui se jeta dessus avec un grondement sourd. C’était un homme taciturne. Il menait une vie aussi étriquée que le pont de son navire et sa conversation manquait de profondeur.

Bak la considéra au-dessus des reliefs d’une poitrine d’oie bien grasse.

— Tout de même, il a dû lui arriver d’émettre des propos intéressants.

— Il parlait toujours de son bateau, railla-t-elle, comme d’une femme réclamant éternellement son attention. Il racontait les transferts de marchandises quelconques dans des ports sans attraits. Je n’ai jamais vu un homme plus assommant.

— Et les membres de son équipage ?

— Je ne les trouvais pas plus distrayants. Comme leur maître, ils parlaient de leurs corvées incessantes pour maintenir leur rafiot à flot. Parfois j’avais l’impression qu’il leur avait fait la leçon, conclut-elle en lançant un morceau d’aile au félin.

« C’est fort vraisemblable », pensa Bak.

— As-tu entendu des rumeurs selon lesquelles Roï aurait transporté des marchandises illégales ?

— Il ne se liait guère et ne livrait jamais ses pensées. Tous ceux qui vivent repliés sur eux-mêmes paraissent suspects, tu le sais bien, dit-elle en posant sur lui son regard pénétrant.

Le capitaine Roï commençait à intriguer sérieusement Bak. Pour un marin qui sillonnait les eaux de Ouaouat depuis tant d’années, ce qu’on savait de lui était bien maigre. Il semblait une ombre, comme le navire que son équipage avait entrevu la nuit où il avait chargé la cargaison en fraude.

— À notre connaissance, il n’a pas d’antécédents, admit-il. Trouver de la contrebande que son navire avait transportée a été une complète surprise.

Noferi cessa de mastiquer et perdit presque tout intérêt pour son repas.

— On raconte que tu as découvert de magnifiques objets exotiques.

Bak jeta ses os au lionceau et s’essuya les doigts dans un linge humide apporté par Amonaya. Il ne put s’empêcher de sourire. Tandis que Noferi enseignait à l’enfant l’organisation pratique d’un lieu de plaisir, lui-même semblait décidé à lui inculquer quelques-uns des raffinements en vigueur dans un palais royal.

Le soleil montait dans un ciel matinal dont le bleu intense rivalisait avec le lapis-lazuli. Bientôt Bak devrait traquer pour de bon le meurtrier de Mahou et celui d’Intef, mais cet investissement de temps pouvait lui épargner par la suite bien des tâtonnements. Aussi acheva-t-il d’apaiser la curiosité de Noferi. Ensuite, il demanda :

— Que sais-tu du chasseur Intef ?

Noferi jeta un autre morceau d’aile au lion. Alors qu’il bondissait pour l’attraper au vol, la sandale mâchonnée apparut clairement. La vieille femme jaillit de son siège, repoussa le lion stupéfait et s’empara de ce qui restait du soulier pour l’agiter sous son mufle.

— Ma paire de sandales toute neuve ! Fils de Seth ! Comment as-tu osé ?

— Noferi !

Bak traversa la cour en cinq longues enjambées, l’attrapa par le bras et la tira vers son tabouret.

— Oublie cette maudite sandale, la vieille, et dis-moi ce que tu sais d’Intef.

— Tu voyais bien qu’il la rongeait, hein ? Et tu n’as pas bronché.

— Intef, répéta Bak, la dominant de toute sa taille. Un homme pisté dans le désert comme un animal sauvage et abattu par-derrière, sans avertissement.

Il ne savait pas si le tableau qu’il dépeignait était exact à tous égards, néanmoins il le soupçonnait. Noferi poussa un long soupir malheureux en se laissant tomber sur le banc et posa la sandale à côté d’elle.

— C’était un brave homme, qui peinait jour et nuit sans se plaindre.

— Ça, je l’ai déjà entendu.

— Il ne venait pas souvent dans mon établissement. Il avait une épouse, des enfants aux besoins insatiables, et il se permettait rarement de se priver d’un lièvre contre un bol de bière ou un jeu de hasard.

Bak dissimula sa consternation. Intef avait une épouse ! Une autre malheureuse à qui il faudrait apprendre qu’elle avait perdu celui dont dépendait sa subsistance.

— Où vivait-il ?

— Dans l’oasis, de l’autre côté du fleuve. Il m’a parlé un jour de son lopin de terre. Pendant qu’il chassait, sa femme travaillait aux champs.

Assis sur le tabouret abandonné par Noferi, Bak décrivit la jarre d’albâtre qu’il avait découverte, puis les bijoux à l’intérieur avec un tel luxe de détails qu’elle en oublia la nourriture dans sa main.

— Les bracelets datent de plus d’un siècle. D’après leur facture et leurs motifs, ils ont été apportés à Ouaouat il y a bien longtemps, par un fonctionnaire au service du grand souverain Kheperkarê Senousret[11] ou l’un de ses successeurs.

— À l’époque où Bouhen était nouvelle, ajouta-t-elle rêveusement, ses murailles encore épargnées par le temps.

Bak savoura une gorgée de bière.

— A-t-il jamais fait mention d’une ancienne tombe qu’il aurait découverte ? Ou as-tu entendu dire qu’Intef tentait de vendre des bijoux antiques sur le marché ?

— S’il avait trouvé des objets de valeur, il les aurait gardés pour lui. Quant au marché, il faudrait être bien sot pour penser vendre à Bouhen des biens pillés dans une tombe. Le gain serait dérisoire, même si la police n’intervenait pas avant que l’affaire soit conclue.

— La cupidité fausse parfois le jugement.

Elle glissa son pied hors de la sandale intacte et la lança au lion, qui happa son nouveau jouet avant qu’il ait touché terre.

— Depuis douze ans que je vis à Bouhen, jamais, à ma connaissance, des bijoux anciens ne sont réapparus à la lumière du jour. Je croyais que les tombeaux d’antan étaient dépouillés depuis longtemps de leurs trésors. Et maintenant, déclara-t-elle en le prenant par le bras pour l’entraîner vers la porte, avec un sourire faussement modeste révélant sa dentition, escorte-moi donc au marché. J’ai besoin d’une nouvelle paire de sandales, et c’est toi qui me les offriras. Ensuite emmène-moi là où tu conserves les bracelets. Je souhaite les voir par moi-même.

 

— Sonnez l’assaut ! ordonna le lieutenant Kaï.

Le héraut porta la trompette à ses lèvres ; le cuivre rutila au soleil et l’appel sec jaillit de sa gorge. Les cinquante lanciers, divisés en deux unités placées face à face, s’élancèrent à travers les dunes, rompant les rangs dans leur course. Les boucliers en peau de vache roussâtre ne laissaient voir que des têtes casquées de cuir et des pieds en sandales, derrière une multitude de lances aux pointes de bronze éblouissantes. Les deux unités se heurtèrent violemment pour l’exercice le plus dangereux du champ de manœuvres, le combat rapproché. Les soldats s’époumonaient, les lances s’entrechoquaient, les masses s’abattaient sur les protections de cuir. Le frottement des pieds soulevait la poussière en voiles impalpables et l’air autour des combattants prenait une teinte blafarde.

Au sommet d’une petite éminence, Bak observait, aux côtés de Kaï, du héraut et du sergent de la compagnie les hommes s’entraîner à l’art de la guerre. Chaque fois qu’il voyait une unité d’infanterie s’efforcer de s’améliorer, il remerciait Amon d’avoir eu le bon sens de s’engager dans la charrerie.

Il avait d’abord conduit Noferi au corps de garde. Tandis qu’elle examinait les bijoux d’un œil luisant de convoitise, il avait dépêché un Medjai dans l’oasis par-delà le fleuve afin d’apprendre à l’épouse d’Intef la mort du chasseur. Prétextant d’une journée chargée, il avait envoyé Hori au marché avec Noferi, lui donnant pour instruction d’acheter une nouvelle paire de sandales.

— Repos ! ordonna Kaï.

Le héraut éleva sa trompette pour déchirer l’air d’une seule note prolongée. La masse grouillante s’immobilisa. Le sergent dévala le tertre pour passer l’inspection. Le héraut lança un coup d’œil à Kaï, qui lui donna congé, après quoi il emboîta le pas au sergent.

— Maintenant, on peut parler, dit Kaï, les yeux rivés sur les hommes couverts de poussière, en contrebas. Je ne sais si ce que j’ai à te dire te sera utile. Je connaissais Mahou, certes, mais un marchand s’en vient puis repart. Avec eux, les amitiés sont faciles à nouer, mais superficielles.

Bak avait mûrement réfléchi sur ce qu’il pouvait divulguer : il s’en tiendrait aux faits, laissant ceux qu’il interrogeait tirer leurs propres conclusions.

— Jusqu’à il y a environ un an, Mahou sillonnait les eaux au-dessus de Semneh. L’as-tu connu là-bas ?

— Oui. Je collectais les taxes de passage et je dirigeais les inspections. Une tâche ingrate, crois-moi sur parole ! confia-t-il avec un sourire amer, en détournant son attention de ses hommes.

— Je ne m’étonne pas que tu aies demandé ta mutation à Bouhen !

— Cette garnison me convient, dit Kaï avec un haussement d’épaules indifférent, mais j’aurais préféré une assignation chez moi, à Kemet.

Bak pouvait le comprendre, sinon compatir. Si désolée que fût Bouhen, il y avait trouvé un lieu amical, pourvu d’un confort raisonnable.

— En tant qu’officier d’inspection à Semneh, où l’on distingue depuis les remparts le pays de Kouch, tu as sûrement eu affaire tous les jours à des contrebandiers.

— Chacun de ceux qui traversent la frontière cache au moins un objet dans un endroit secret, croyant échapper à la taxe. Et qui les en blâmerait ? Les garnisons du Ventre de Pierres comptent de faibles contingents. Les patrouilles du désert sont petites, la région immense. Ces difficultés, nous les devons uniquement à notre souveraine, dont l’indifférence même est un affront, déclara-t-il en durcissant le ton.

Sa colère soudaine et son attaque ouverte contre la reine étaient motivées par les frustrations d’une corvée qu’il n’oublierait pas de sitôt. Mesurant la portée de ses paroles, il s’empourpra.

— Il serait plus facile de contenir les eaux de la crue que d’endiguer le trafic illicite. D’ailleurs, qu’est-ce que ça changerait ? dit-il avec une feinte nonchalance. On ne trouve que de menus objets sans grande valeur. Certainement rien qui égale la taille ou le prix d’une défense d’ivoire.

Bak, pas encore prêt à aborder ce sujet, ignora la perche qu’on semblait lui tendre.

— Tes hommes ont-ils déjà trouvé de la contrebande sur la barge de Mahou ?

— Jamais.

Kaï tourna les yeux vers le port, dont une grande partie était cachée par la haute muraille coiffée d’une tour.

— C’était un homme honnête, lieutenant. Malgré ce que j’ai dit, quelques rares marchands passent la frontière sans chercher à tromper les autorités. Mahou était du nombre.

— Quand mes hommes et moi sommes venus fouiller son navire, tu bavardais avec lui, sur le quai. Te rappelles-tu votre conversation ?

L’attention de Kaï s’était reportée sur le terrain d’exercices. Les cinq chefs des unités de dix hommes s’étaient écartés pour se présenter devant le sergent, auquel ils rendaient leur rapport sur la manœuvre. Pendant ce temps, les lanciers se relevaient et massaient leurs membres endoloris.

— Nous parlions de l’abondance des marchandises provenant du Sud profond. Je plaisantais avec lui, je m’en souviens, en disant qu’il serait bientôt richissime. Pas un mot relatif à un quelconque trafic n’a été proféré, assura-t-il d’un ton ironique.

Le lieutenant laissa passer la pique comme si de rien n’était.

— J’ai cru comprendre que vous partagiez, avec d’autres, la même table de jeu chez Noferi, la veille de son départ pour Kor.

— Tu ne crois tout de même pas qu’une innocente soirée de plaisir pousserait un homme à l’assassinat ! répondit Kaï en posant sur lui un long regard dubitatif.

— On ne sait jamais quel détail insignifiant peut s’avérer lourd de sens, décréta Bak comme s’il répétait une leçon par cœur.

L’ombre d’un sourire effleura les lèvres de Kaï.

— Nous avons joué, en effet. Comment pourrais-je l’oublier ? Je n’avais pratiquement pas bu de bière et j’ai misé avec prudence, pourtant j’ai perdu, et de loin.

— Qui a gagné le plus ? s’enquit Bak par simple curiosité.

— Un de mes hommes est blessé ! s’exclama Kaï, qui s’était raidi alors qu’il parcourait des yeux le terrain d’entraînement.

Le sergent et un lancier étaient agenouillés à côté d’un homme assis sur le sable, les bras croisés sur la poitrine comme pour se protéger. Les chefs des différentes unités attendaient à proximité, tandis que les soldats se tenaient à l’écart, par petits groupes, les yeux fixés sur leur camarade. Le lancier prit le blessé sous le bras et l’aida à se relever. Celui-ci fit quelques pas chancelants, puis ils marchèrent ensemble vers le portail de la forteresse.

Visiblement soulagé, Kaï fit signe au sergent de reformer les rangs pour un autre exercice.

— Mahou était un parieur avisé. Il évitait toute extravagance, mais il gagnait régulièrement. Cependant ses gains étaient modestes, trop pour causer sa mort. Alors, pourquoi ?…

— On l’aurait abordé cette nuit-là pour lui proposer de passer une cargaison illicite, contre la promesse de grandes richesses.

Bak parlait d’un ton décidé et observait l’officier en guettant un signe de culpabilité ou de peur. Mais les traits de Kaï exprimèrent seulement la surprise, la préoccupation, l’incrédulité.

— Mahou se serait laissé convaincre de frauder ? Je n’y crois pas ! Il était trop droit, trop intègre.

Bak commençait à se lasser de tant de témoignages élogieux sur l’honnêteté de Mahou.

— Il m’a juré qu’il n’était pas au courant et je l’ai cru sincère. Néanmoins, quelqu’un l’a abordé au cours de cette partie.

— Qui ?

— Je n’en sais rien.

Prétendre le contraire aurait été futile. Si Bak avait connu le nom du meurtrier, celui-ci aurait déjà rejoint Rennefer au corps de garde.

— Quels souvenirs conserves-tu de cette nuit-là ?

Kaï relata la soirée d’une manière qui concordait avec la version de Noferi, cependant il ajouta :

— Plusieurs de ceux qui arrivaient se sont arrêtés à côté de notre table pour suivre la partie, quoique jamais très longtemps. N’importe lequel d’entre eux a pu chuchoter à Mahou une proposition malhonnête, mais en ce cas il s’est montré discret.

Kaï n’avait pas remarqué que Mahou eût quitté sa place, ou préférait l’ignorer.

Bak comprit qu’il n’obtiendrait rien de plus, aussi remercia-t-il le lieutenant pour son aide, puis il rebroussa chemin vers la porte nord, soupesant ce qu’il venait d’apprendre. Kaï avait été officier d’inspection dans la forteresse la plus au sud de Ouaouat, poste qui offrait maintes opportunités pour organiser une opération de contrebande. Il savait manier l’arc – cela faisait partie de l’entraînement de tout soldat –, mais possédait-il la sûreté de celui qui avait frappé Mahou ? Ou Intef ? Cela soulevait plusieurs questions cruciales : les deux meurtres étaient-ils liés, ou ne s’agissait-il que de faits isolés ? Vu la similitude de l’arme du crime et le bout d’ivoire dissimulé parmi les bijoux anciens, Bak penchait pour la première hypothèse. Mais, sa vie dût-elle en dépendre, il ne discernait aucun rapport plus substantiel entre les deux victimes.

Quant aux bijoux, Intef était-il tombé par hasard sur un ancien tombeau, et s’était-il emparé de ce trésor inespéré ? Ou bien, comme la défense trouvée sur le navire de Mahou, les bracelets devaient-ils être acheminés vers le nord ?

Le policier ne disposait d’aucune réponse, mais pria pour en obtenir bien vite.

 

Bak trouva Ouserhet dans l’entrée d’un grenier à grain, en face d’une rue perpendiculaire à l’entrepôt où le meurtrier de Mahou avait disparu. La longue pièce étroite, éclairée par la porte ouverte et les hautes fenêtres percées dans un des murs, était aussi nue que les salles derrière elle. Des rais de lumière éclatants révélaient la poussière et les fragments de balle flottant dans l’air. La lourde odeur du grain le prit à la gorge, lui picota les yeux et les narines. Deux scribes, assis en tailleur par terre, paraissaient indifférents à cette atmosphère étouffante. La force de l’habitude.

Le contrôleur des entrepôts discutait vivement avec l’intendant militaire au sujet de la distribution des rations aux troupes de la garnison. Ce dernier, comprit Bak, accusait Ouserhet de fermer les yeux quand certains de ses scribes dérobaient de petites quantités de blé avant d’envoyer les sacs à la boulangerie.

Ouserhet était livide.

— Le lieutenant Bak est là, dit-il d’un ton sec. Si tu tiens à faire une montagne d’une taupinière, adresse-toi à lui. Nous verrons vite si le commandant pense qu’une poignée de grain mérite qu’on abuse de son temps.

— Je parlerai au capitaine Neboua. Il se soucie de ses soldats et ne tolérera pas qu’on les lèse.

L’intendant tourna les talons et marcha vers la porte d’un pas résolu.

— Vas-y donc ! marmonna Ouserhet, puis il reporta son attention vers Bak. En quoi puis-je t’aider, lieutenant ?

En temps ordinaire, Bak aurait proposé d’intercéder pour lui, mais la voix irritée du contrôleur l’en dissuada.

— Je tombe au mauvais moment ?

— Nous n’avons rien à faire, répondit Ouserhet avec un petit rire bref, si ce n’est remettre les rations du mois et collecter auprès des cultivateurs quelques paniers de leurs produits. Si Thouti ne rétablit pas bientôt le trafic sur la frontière, nous n’aurons plus qu’à plier bagage et rentrer à Kemet.

— Je doute que l’interdiction dure longtemps.

— Tu en es la cause, paraît-il, ainsi que cette maudite défense que tu as trouvée sur le navire de Mahou, répliqua le fonctionnaire en lui lançant un regard noir.

Bak conserva une voix égale malgré son énervement, et persista dans sa résolution de s’en tenir aux faits.

— Tu étais son voisin et son ami. Lui arrivait-il de se confier à toi ?

— Se vantait-il de violer la loi, veux-tu dire ? Non.

Ouserhet s’approcha d’une série de niches pratiquées dans le mur, s’arrêta devant la première sur la gauche et lut les mentions inscrites sur plusieurs jarres au large col, cachetées avec soin, avant d’en extraire une.

— Ni de la moindre infraction, légère ou grave. Probablement parce qu’il n’en commettait jamais. C’était un homme bon et digne, un homme honnête.

— La nuit précédant son départ pour Kor, s’obstina Bak, il a joué aux osselets avec toi et d’autres chez Noferi. À un moment de la partie, quelqu’un l’a abordé, dans l’espoir qu’il accepterait de la contrebande sur sa barge.

Comme avec Kaï, il observa attentivement le contrôleur, mais celui-ci se borna à répliquer en levant un sourcil :

— « Quelqu’un » ?

— Je n’ai pas de nom, admit le policier. Je pensais que, peut-être, tu aurais remarqué un client chuchotant à son oreille, ou la réaction indignée de Mahou, ou n’importe quel autre événement singulier.

— J’aurais voulu t’aider, lieutenant, dit Ouserhet, dont l’expression et la voix exprimaient un regret sincère.

Il ramassa un caillou et assena sur le cachet un coup énergique. Des débris de terre séchée tombèrent du col de la jarre.

— Ce qui se passe autour de moi m’échappe rarement d’ordinaire, mais quand je joue, la pluie tomberait sur ce pays aride que je ne m’en apercevrais même pas.

Bak considérait l’homme devant lui, plus semblable à un soldat qu’à un scribe avec ses épaules larges et ses muscles saillants. Son torse et ses membres hâlés montraient qu’il passait beaucoup de temps au grand air.

— À ta connaissance, a-t-on déjà fait passer une défense brute sur le fleuve ?

— Il y a deux ans, avant ton arrivée à Bouhen, un inspecteur a découvert dans une caravane une défense morcelée afin d’être transportée plus aisément.

Ouserhet sortit un rouleau de papyrus de la jarre, prit connaissance de son contenu et le remit à sa place, puis il tira un autre manuscrit, qu’il rangea à son tour après un coup d’œil. Alors seulement, il reprit :

— Les défenses entières sont bien trop difficiles à dissimuler, comme tu l’as constaté par toi-même.

De nouveau, il sortit un papyrus dont il consulta l’intitulé.

— Penses-tu que Mahou ait été tué par celui qui l’a entrepris à ce sujet ?

— Connaissais-tu bien le capitaine Mahou ? éluda Bak.

Ouserhet replaça le rouleau d’un geste un peu trop sec qui en écrasa le bord.

— Il ne cessait de me surprendre, non parce que je voyais en lui un modèle de vertu – il n’était pas meilleur que la plupart –, mais parce qu’il était prêt à risquer son navire, son équipage et sa cargaison dans une tempête. Il donnait toujours une impression d’indifférence, quand en réalité il était d’une extrême prudence.

— Un homme prudent ne transporte pas de contrebande.

Ouserhet sortit encore un papyrus, lut rapidement l’inscription et glissa son doigt sous le sceau pour le briser. Il déroula une partie du document et fixa Bak.

— J’ai vu tout ce que Ramosé a ramené de l’épave. Je ne peux imaginer où Roï a ramassé tant de merveilles. Comment ont-elles échappé aux inspecteurs de Kor et de Bouhen ? Par quel stratagème espérait-il les passer à l’insu des inspecteurs d’Abou ? Il faut des pièces justificatives pour cela.

Sous son apparente désinvolture perçait une intense curiosité. Bak sourit en son for intérieur. Le contrôleur, semblait-il, avait au moins une faiblesse humaine.

— Connaissais-tu Intef, le chasseur ?

— Ce sont mes scribes qui s’occupent de la population locale. Mais, demanda Ouserhet, qui leva les yeux du manuscrit, les sourcils froncés, tu ne suggères pas que sa mort serait liée en quelque façon à celle de Mahou ?

— J’en sais trop peu sur lui pour suggérer quoi que ce soit.

Une fois hors de l’entrepôt, Bak fit le point sur les éléments nouveaux qu’il avait acquis. Ouserhet paraissait robuste et ingénieux, toutefois quel talent montrait-il, un arc à la main ? Sa tâche de contrôleur limitait son champ d’action à Bouhen et à Kor, mais lui fournissait l’occasion de lier connaissance avec des gens libres de voyager dans le Sud profond, où l’on pouvait se procurer divers objets exotiques, y compris des défenses d’ivoire.

Bak bifurqua dans la rue parallèle au corps de garde.

En premier lieu, décida-t-il, il lui fallait parler à Hori. Le scribe, par son attitude franche et ouverte, serait la personne idéale pour aller d’un suspect à l’autre, et découvrir dans quelle mesure les cinq hommes qui avaient joué aux osselets avec Mahou s’entendaient à manier un arc.

Le visage de Maât
titlepage.xhtml
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Haney,Lauren-[Bak-02]Le visage de Maat(1999).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html